J’ai créé la compagnie Histoire d’Amour en 1998, afin de donner vie à mes projets. Je me suis servi de textes non théâtraux, à commencer par mon roman « Mistigri », puis j’ai fait en solitaire la traversée des univers romanesques et poétiques des auteurs chers à mon coeur. J’ai réalisé la scénographie, avec comme complices les créateurs lumières: Nathalie Lerat, Pierre Galais puis Laurent Castaingt et Charly Thicot.
Je poursuis ma route faite de recherche et de création après avoir domicilié ma compagnie en Bourgogne Franche-Comté.
J’ai le projet de continuer à explorer des textes littéraires ou théâtraux en public, version légère et communicative du théâtre, grâce à l’utilisation des pupitres.
Associer la musique, la danse et les animaux à mes projets reste dans mon cahier des charges.
Ma pièce « J’adore les actrices de plus de mille ans » attend toujours une production.

Le théâtre que j’ai envie de faire est maladroit, audacieux, joyeux, ludique. Il met en scène la réalité avec humour et tendresse. Il se fait au présent. Il est désordre. Il est pensée. Il met sur scène nos rêves et nos espoirs. Il transgresse les tabous. Il ne va pas dans le sens du poil. Il n’est pas poli. Il n’est pas sage. Il n’est pas politico-artistico correct. Il n’est pas rond, ni lisse, ni propre. Il est poilu. Il est gênant. Il est irrévérencieux. Le théâtre que j’ai envie de faire n’est pas formel ni maniéré, il est libre. Il cherche des formes nouvelles. C’est un théâtre où l’imagination a le pouvoir, et où l’intellectualisme est devenu inoffensif. C’est un théâtre où il n’y a pas d’un côté les spectateurs et de l’autre la scène. C’est un théâtre de plein-pied. C’est un théâtre de détails, de finesse, de gestes et d’objets, un théâtre où le spectateur peut se vanter d’être peut-être le seul à avoir remarqué ce pétale qui tombe. Un théâtre qui donne envie de regarder de plus près. Un théâtre qui n’en fout pas plein la vue. Un théâtre qui permet l’émotion, l’improvisation, le vertige. Un théâtre qui rapproche les gens. J’ai envie de faire un théâtre de vérité, de recherche, de recherche de vérité. Un théâtre qui surprend, qui déroute, qui fait peur. Où on joue avec ce qui nous tracasse, nous inquiète, nous blesse, mais joue. Puis arrêter de jouer, finir le spectacle et partager une émotion universelle. Être en vie, ici et maintenant.
Ce théâtre que j’ai envie de faire inclut la relation au public, c’est un cri. C’est une rivière qui dormait et qui sort de son lit. C’est une femme debout qui dit ce qu’elle veut. Et qui se trompe aussi. Et se reprend. Et se donne encore. Et dans ce théâtre que j’ai envie de faire, il y a de l’amour.
L’amour de la vie et l’amour de la scène. L’adoration pour ces lieux où on peut s’assoir pour écouter son silence et regarder le blanc qui fond, et qui ne sont pas des églises. Le théâtre que j’ai encore envie de faire est réfugié dans un théâtre. Ce n’est pas un théâtre de rue, ce n’est pas un théâtre de texte, mais d’espace, de voix et de corps au singulier et au pluriel. De silence et de bruit. D’où surgit la beauté sans critère.
Et les textes peuvent servir ce théâtre, mais ce théâtre ne sert pas les textes, il les malmène, il les triture, il les rature, il fait des pâtés, c’est un théâtre où les acteurs sont rois. Où le jeu est ce terrain qu’on porte en nous, qui n’a pas de limites.

Odile Roire.

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